Lire et relire les livres de Lola Lafon : comme une envie d’émeute

On a pas mal parlé cet été de Lola Lafon, notamment avec la sortie de son dernier livre. Je ne l’ai pas encore lu, j’avais avant envie de découvrir d’abord ses romans précédents dont quelques extraits ici et là m’avaient beaucoup touché. Hasard des commandes de mon libraire, j’ai lu d’abord « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce » avant « De ça je me console » (sorti 4 ans plus tôt). Il n’y a pas d’ordre préférentiel, même si ces deux livres ont des liens évidents et se répondent : la (les) violence(s) de la société capitaliste et patriarcale, la non-place que la narratrice y trouve et dont elle cherche à se soustraire, les îlots où se cacher, les rencontres, les passages à l’acte contre l’ordre et les normes, les souvenirs de la société policière en Roumanie communiste, la danse classique… Cependant (et c’est un avis tout personnel) je recommanderais de lire d’abord De ça je me console puis Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce car ce dernier m’a mis une plus grosse claque (mais les deux sont magnifiques, il n’y a pas non plus un classement à faire).

Nous sommes les oiseaux de la tempetede ca je me console lola lafon

Une lecture militante.
Même si ces livres n’ont pas forcément été écrit avec un objectif principalement militant, l’univers dans lequel évolue le récit et les nombreuses références amènent naturellement à en faire une lecture assez militante, en tout cas, à en tirer des réflexions et conclusions politiques.

Je me suis souvent interrogé sur l’efficacité et la finalité de l’imposante littérature (romancière comme théorique, lyrique comme journalistique) que produisait « les milieux militants » et notamment de tout petits courants, groupes et auteurs . Tout ce temps passé à écrire, critiquer, répondre, discuter. Ce rapport fétichiste que l’on entretient avec l’écrit (« tu as vu j’ai trouvé une brochure originale de 1952 ! », « ce journal anarchiste publié à Tokyo en 1912″…). Est-ce qu’on ne perd pas du temps et du papier au lieu d’agir ? Lola Lafon nous rappelle avec ses livres qu’écrire un roman peut constituer un acte politique en soit, qu’un livre peut être un gros coup de masse dans un pilier du mur qui se construit chaque jour à travers le capitalisme et ses ramifications. Une véritable brèche comme les décrit John Holloway dans Crack Capitalism. Car c’est un gros bidon d’essence que nous offre Lola Lafon, tout en nous proposant quelques cibles pour nos futurs cocktails molotovs. Et c’est aussi (même si ce n’est pas forcément une intention de l’auteure) une véritable source d’enseignement politique. J’ai bien plus appris et réfléchi sur des sujets comme le Féminisme, l’Antipsychiatrie, le Travail, la Révolte et l’Individu, la Police, à la lecture de ces deux romans qu’à travers une trentaine de brochures théoriques. Parce que ces romans articulent ces questions entre elles, leur donnent du corps et du souffle.

QU’EST-CE QU’ON FAIT LA ?
PAS DE JUSTICE PAS DE PAIX.

Je ne vais pas me lancer dans les résumés de ces histoires parce que justement, ce sont des histoires qui se lisent plus qu’elles ne se racontent. Ces livres parlent de femmes qui se révoltent, d’amitié, d’amour. De souffrance aussi. Parfois c’est très violent, ça vous tire des larmes de rage ou de tristesse. Ces livres parlent un peu d’anarchi(sm?)e, de ses milieux, mais sans vous inonder de codes et de jargon gauchisant. Il est question d’émeutes. Une émeute personnelle qui devient collective, et une émeute intérieure qui transforme ces pages en émeute littéraire.

Donc voilà, allez-y, plongez vous dans les livres de Lola Lafon, laissez vous emporter dans ce qui a été ma découverte de 2014. Et partez à la recherche des Petites Filles au Bout du Chemin.

PETITES FILLE DE RIEN
AU BOUT DU CHEMIN
TE RENDENT LA JUSTICE
ET ELLES GARDENT LE FEU

À propos de brasiers et cerisiers

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