Répondre à quelques objections courantes au mouvement « Black Lives Matter »…

…Que l’on retrouve finalement de ce côté de l’Atlantique.

Article en anglais de Patrick O’Donohue. Publié sur le blog The Organizer (animé par la branche locale des IWW-Twin Cities) et le journal papier de Mars 2015 des Industrial Worker of the World (IWW, organisation syndicaliste révolutionnaire). Traduction B&C depuis la version papier. Le mouvement Black Lives Matter (« La vie des Noir-es compte ») est une réponse des populations afro-américaines (et leurs soutiens, même si celui-ci ne semble malheureusement pas aller de soi, comme le montre cet article) aux violences policières et meurtres racistes. Les objections listées ci-dessous et traitées sous forme de questions/réponses raisonnent jusqu’ici dans l’hexagone ou certain-es voudraient, sous-couvert « de se concentrer sur la seule lutte qui vaille, la Lutte des Classes », esquiver maladroitement la question du racisme et surtout ne pas faire de place à des victimes de racisme qui s’organisent.

« Les gens devraient arrêter de faire des trucs à propos des races* »
Oui. Complètement. Les personnes et institutions racistes devraient arrêter de faire ce truc à propos de la race qui consiste à ne pas traiter à égalité les personnes de couleur. Tant qu’elles le font, nous devrions pointer ce racisme et les critiquer pour ça.

« Nous devons nous unir, pas être divisés ! »
Oui. Complètement. Nous devons nous unir tous ensemble contre le racisme [la meilleure façon de ne pas être divisés]

« TOUTES les vies comptent »
Oui. Complètement. Donc quand la Police traite des vies comme si elles ne comptaient pas, nous nous opposons. Quand la Police prend pour cible des groupes ethniques, noirs, amérindiens, avec des abus disproportionnés nous devons pointer cette prise de cible raciste. Quand la Police continue d’exécuter sommairement des personnes noires et s’en sortent impunément encore et toujours, et considère la vie des Noir-es comme si elles ne comptaient pas, il est approprié pour nous de dire « La vie des Noir-es compte ! »- puisque que toutes les vies comptent.

"All Lives Matter", retournement violent et stupide du slogan, insinuant que "Black Lives Matter" signifierait "Only Black Lives Matter" . Ce détournement repris par le tristement célèbre "homme aux pancartes" Voltuan lors de La Marche de la Dignité à Paris lui a valu de se faire écarter du cortège.

« All Lives Matter », retournement violent et stupide du slogan, insinuant que « Black Lives Matter » signifierait « Only Black Lives Matter » . Ce détournement repris par le tristement célèbre « homme aux pancartes » Voltuan lors de La Marche de la Dignité à Paris lui a valu de se faire écarter du cortège.

« Les Irlando-américains ont été persécutés, aussi. »
Il y a certes un paquet d’années, mais oui. Complètement. C’est pourquoi les Irlando-américains devraient se lever aux côtés des personnes qui font actuellement face à des discriminations similaires à celles que leurs ancêtres ont vécu. La même chose vaut pour celles dont les ancêtres étaient italiens, Allemands, Juifs, Slaves, Espagnols ou tout autre groupe ethnique qui a fait face à des discriminations en arrivant aux États-Unis. Vraiment, ça vaut pour tout le monde.

« Tout ce truc sur la race ne fait que nous diviser contre les réels problèmes qui sont les Classes et l’usage abusif du pouvoir par le gouvernement ! »
Oui. Tout à fait. Le racisme a historiquement été utilisé pour empêcher les populations exploitées et oppressées de travailler ensemble, et contre leurs intérêts communs. En tant que tel, le racisme est un pilier du pouvoir de la Classe [bourgeoise] et de l’État. Au lieu de permettre au racisme de nous tromper en nous faisant accepter les institutions bourgeoises et étatiques, nous devrions nous unir avec les personnes de couleurs contre ces institutions et contre le racisme qu’elles soutiennent.

«Des Blanc-hes se font aussi tuer par la Police ! »
C’est vrai. Nous nous faisons tuer à un taux bien moindre, les médias ne diabolisent pas autant les victimes de violences policières qu’elles ne diabolisent les victimes noires, mais oui : des Blanc-hes se font également tuer par la Police. Spécialement des queer, victimes de problèmes mentaux, sans-abris, ou encore appartenant à la classe ouvrière. Ces aspects de discriminations policières doivent être abordés. De même que les aspects racistes doivent l’être. Et bien-sûr, toute exécution sommaire de la Police devrait être condamnée. Les revendications du mouvement Black Lives Matter (caméras individuelles, enquêtes indépendantes sur les violences policières, surveillance communautaire sur la Police, fin de la « politique de la vitre brisée » et de la guerre à la drogue, sont des revendications utiles pour toutes les victimes de violences policières, quelle que soit leur race.

« vous créez du trouble »
C’est le but de la désobéissance civile. Nous avons pour objectif de rendre impossible la perpétuation de l’ignorance du problème des violences et du racisme policier. Nous avons pour but de faire de notre mouvement un problème constant pour ceux qui sont au pouvoir, et ceux qui ont ignoré cette question, parce que nous avons vu que demander poliment à l’État de svp-arrêtez-d’exécuter-sommairement-des-gens ça ne marchait pas. Si tu soutiens uniquement les changements sociaux lorsque c’est convenable, ne dérange pas, n’interrompt pas ton business quotidien, alors tu ne soutiens pas les luttes sociales tout court. Le changement est perturbateur par définition.

« Vous les manifestant-es, vous contrevenez à la loi ! »
Possible, mais la loi brise des êtres humains et des communautés tous les jours. La loi prend pour cible les membres de la classe ouvrière et les personnes de couleur par l’incarcération de masse dans une prétendue « guerre à la drogue » aux objectifs racistes, une politique de la « vitre brisée » punissant sévèrement des « infractions » mineures et une politique de la peine plancher. La loi opère comme un impôt souterrain pour les communautés visées par la police, et un moyen d’engouffrer les personnes en prison en les utilisant comme travailleurs à bas-coût. La loi couvre la Police lorsqu’ils assassinent des personnes non-armées. Nous contrevenons complètement à cette loi et espérons la briser avec une telle intensité qu’elle ne pourra plus jamais être utilisée pour viser et oppresser les travailleurs-ses et personnes de couleur.

*Race, traduit ici littéralement, s’entendant ici évidemment non pas dans un sens biologique mais dans le sens couramment utilisé chez les anglo-saxons : la race est une construction sociale, existe en tant que facteur social conduisant à des discriminations et mécanismes concrets. Il y a tout un débat un peu technico-pointilliste en France pour savoir si ce terme doit être repris en français ou non, puisque notre belle culture serait porteuse d’un universalisme ne distinguant pas les enfants de la République. Employer ce mot reviendrait à ouvrir la porte au racisme biologique (apparemment le racisme, c’est comme Beetlejuice, il n’apparaîtrait que lorsqu’on prononce un mot 3 fois). Vous souhaitez qu’on arrête de reprendre ce mot ? Battez-vous pour faire disparaître le racisme de la « réalité républicaine » et on en recausera. Si ça vous emmerde hé bah tant pis.

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Lire et relire les livres de Lola Lafon : comme une envie d’émeute

On a pas mal parlé cet été de Lola Lafon, notamment avec la sortie de son dernier livre. Je ne l’ai pas encore lu, j’avais avant envie de découvrir d’abord ses romans précédents dont quelques extraits ici et là m’avaient beaucoup touché. Hasard des commandes de mon libraire, j’ai lu d’abord « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce » avant « De ça je me console » (sorti 4 ans plus tôt). Il n’y a pas d’ordre préférentiel, même si ces deux livres ont des liens évidents et se répondent : la (les) violence(s) de la société capitaliste et patriarcale, la non-place que la narratrice y trouve et dont elle cherche à se soustraire, les îlots où se cacher, les rencontres, les passages à l’acte contre l’ordre et les normes, les souvenirs de la société policière en Roumanie communiste, la danse classique… Cependant (et c’est un avis tout personnel) je recommanderais de lire d’abord De ça je me console puis Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce car ce dernier m’a mis une plus grosse claque (mais les deux sont magnifiques, il n’y a pas non plus un classement à faire).

Nous sommes les oiseaux de la tempetede ca je me console lola lafon

Une lecture militante.
Même si ces livres n’ont pas forcément été écrit avec un objectif principalement militant, l’univers dans lequel évolue le récit et les nombreuses références amènent naturellement à en faire une lecture assez militante, en tout cas, à en tirer des réflexions et conclusions politiques.

Je me suis souvent interrogé sur l’efficacité et la finalité de l’imposante littérature (romancière comme théorique, lyrique comme journalistique) que produisait « les milieux militants » et notamment de tout petits courants, groupes et auteurs . Tout ce temps passé à écrire, critiquer, répondre, discuter. Ce rapport fétichiste que l’on entretient avec l’écrit (« tu as vu j’ai trouvé une brochure originale de 1952 ! », « ce journal anarchiste publié à Tokyo en 1912″…). Est-ce qu’on ne perd pas du temps et du papier au lieu d’agir ? Lola Lafon nous rappelle avec ses livres qu’écrire un roman peut constituer un acte politique en soit, qu’un livre peut être un gros coup de masse dans un pilier du mur qui se construit chaque jour à travers le capitalisme et ses ramifications. Une véritable brèche comme les décrit John Holloway dans Crack Capitalism. Car c’est un gros bidon d’essence que nous offre Lola Lafon, tout en nous proposant quelques cibles pour nos futurs cocktails molotovs. Et c’est aussi (même si ce n’est pas forcément une intention de l’auteure) une véritable source d’enseignement politique. J’ai bien plus appris et réfléchi sur des sujets comme le Féminisme, l’Antipsychiatrie, le Travail, la Révolte et l’Individu, la Police, à la lecture de ces deux romans qu’à travers une trentaine de brochures théoriques. Parce que ces romans articulent ces questions entre elles, leur donnent du corps et du souffle.

QU’EST-CE QU’ON FAIT LA ?
PAS DE JUSTICE PAS DE PAIX.

Je ne vais pas me lancer dans les résumés de ces histoires parce que justement, ce sont des histoires qui se lisent plus qu’elles ne se racontent. Ces livres parlent de femmes qui se révoltent, d’amitié, d’amour. De souffrance aussi. Parfois c’est très violent, ça vous tire des larmes de rage ou de tristesse. Ces livres parlent un peu d’anarchi(sm?)e, de ses milieux, mais sans vous inonder de codes et de jargon gauchisant. Il est question d’émeutes. Une émeute personnelle qui devient collective, et une émeute intérieure qui transforme ces pages en émeute littéraire.

Donc voilà, allez-y, plongez vous dans les livres de Lola Lafon, laissez vous emporter dans ce qui a été ma découverte de 2014. Et partez à la recherche des Petites Filles au Bout du Chemin.

PETITES FILLE DE RIEN
AU BOUT DU CHEMIN
TE RENDENT LA JUSTICE
ET ELLES GARDENT LE FEU
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C’est encore l’été ! Crudités façon Bún bò

Pas vraiment un Bún bò puisqu’il n’y a pas de soupe, mais inspiré par la composition et la présentation. Du goût et de la fraîcheur plein a bouche.

composition saladeIngrédients (4 personnes) :

***100 à 150g de vermicelles de riz
***1 dem-concombre
***2 carottes moyennes
***1 tomate
***1 bouquet de coriandre fraîche
***1 bouquet (plus petit) de menthe fraîche
***1 demi-citron vert
***Un bloc de tofu à poêler ou des nems de légumes
***De la sauce soja

Préparation (15 minutes tout compris) :

Mettre les vermicelles à cuire dans l’eau bouillante. Passer le tofu découpé en cubes à la poêle (ici j’en ai pris un pré-cuisiné aux amandes et au sésame. Si le tofu est nature, le saupoudrer d’un peu d’ail en poudre, de gingembre et de farine avant de le poêler dans un peu d’huile). Rapper les carottes (si pas de robot et la flemme de rapper à la main, tailler en fines lamelles dans la longueur à l’économe), et débiter le demi-concombre épluché en fines lamelles et la tomate en fines tranches.

Détacher patiemment les feuilles de coriandre et de menthe. Égoutter les vermicelles (dans mon cas je les passe sous l’eau froide pour qu’ils soient bien frais, mais ils peuvent être servis tièdes). Ajouter le tofu bien revenu (ou des nems de légumes tranchés) Disposer le tout dans de grands bols et arroser du jus de citron vert et de sauce soja.  Pour dresser, je mets les crudités en dessous et le tofu au dessus avec quelques tranches de tomates et brins de carottes sur le tout dessus

vegan bun bo dressé

Bon appétit !

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Trahir avec Classe. L’exemple de la CFDT (et ses amis)

Historiquement, les syndicats c’est des travailleurs-euses d’un même secteur (soit d’une même industrie, soit d’une même entreprise, ou simplement d’une même Classe, au chômage, en précarité, en retraite) qui se regroupent pour se défendre face au patronat (et/ou l’Etat). Parfois en portant un projet de société révolutionnaire ou au moins alternatif. En gros.

Historiquement, l’Internationalisme c’est des travailleurs-euses qui, parce que leurs intérêts sont ceux de leur Classe et non ceux de leur pays, manifestent et construisent une solidarité avec les luttes des travailleurs-euses d’autres pays plutôt que de répondre à l’appel de leurs exploiteurs à oublier leur Classe et se sentir un destin de « nation » à leurs côtés. En gros.

Historiquement les syndicats développent la solidarité internationale (avec plus ou moins de succès). Mais il y a des organisations qui aiment dévoyer les notions de « syndicalisme » et de « solidarité » et font exactement l’inverse. On les appelle les syndicats jaunes. En gros.

Ca ressemble à quoi sur le terrain ?

Par exemple, une entreprise française, la société Latelec, filiale de Latécoère, sous-traitante d’Airbus et Dasssault a une usine en Tunisie. 230 ouvrier-ères travaillent à l’usine Latelec de Fouchana, 90% sont des femmes. Elles réclament des salaires dignes, le paiement des heures supplémentaires, des congés qui leur sont refusés, et la fin des insultes et du harcèlement sexuel qu’elles subissent de la part des cadres locaux et dirigeants français.

Elles créent une section syndicale, mènent des luttes, se prennent une énorme répression (menaces de morts, passages à tabac dans l’usine) conduisant deux déléguées syndicales licenciées à entamer une grève de la faim.

Certaines organisations syndicales hexagonales organisent la solidarité : diffusion d’information, réalisation d’entretien avec les camarades, appel à manifester en France en solidarité, ce qui, combiné à la lutte en Tunisie débouche sur une petite victoire des travailleuses de Fouchana.

Mais d’autres « syndicats » font ce qu’ils savent faire le mieux : tenir un discours dégueulasse et mensonger pour diviser les travailleurs-euses sur des bases nationalistes. Trahir les intérêts des travailleurs-euses, en soutenant les intérêts néo-colonialistes des patrons français. La CFDT, la CFTC et la CFE-CGC salissent une fois de plus ce qu’ils ne devraient plus avoir le droit d’appeler du syndicalisme.

Voilà ce qui était distribué il y a peu sur le site Latelec de Toulouse :

  latelec trahison CFDT CFTC CFE CGC syndicats jaunes

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Contre le régime de Kiev et la Junte de l’Est ! Déclaration du SAT-Kiev (Syndicat Autonome des Travailleu-r-ses) sur le conflit dans les régions de l’Est

[Traduction d’une déclaration publiée en Anglais sur le site du SAT]

Il y a une confrontation continue sur le territoire Ukrainien opposant les bourgeoisies [Classes dirigeantes] locale et russe qui montent les travailleurs les un contre les autres et provoquent l’hostilité, entraînant le pays dans un état proche de la guerre civile. Les Événements de Marioupol sont l’incarnation de cette confrontation. De nombreuses personnes, combattants et civils, miliciens et conscrits, aussi bien que les volontaires, ont souffert des deux côtés du conflit à l’issue de l’opération « anti-terroriste ».

C’est une situation critique pour les travailleurs. Le gouvernement traite toutes les manifestations Anti-Maidan de la même façon : les soldats ne comprennent pas sur qui ils tirent et ceux qui se font tirer dessus ne comprennent pas pour quoi ils meurent. Les deux côtés du conflit manipulent leur « fantassins » [base armée] avec un cynisme particulier, et c’est pour cela que les travailleurs se retrouvent à se battre pour des idées qui n’ont rien en commun avec leurs intérêts matériels, leur intérêts de classe. Les unités de militaires ukrainiennes et autres groupes armés se battent pour des idées insensées de national-patriotisme et « d’unité de la Nation », alors que les séparatistes se battent pour la création d’un nouvel état/ou le rattachement à la Russie. Dans tous les cas, l’objectif est un état bourgeois national, avec ses bureaucrates, sa police, ses juges, ses prisons, ses capitalistes et ses pauvres.

Encore aujourd’hui il y a des douzaines de victimes et morts en conséquence d’un combat entre deux mouvements réactionnaires. Armée incompétente d’un côté, décadence de combattants de l’autre augmentent significativement les pertes.

Les hauts-gradés des mouvements Anti-Maidan sont généralement composés de militaires à la retraite, d’anciens officiers de police, qui étaient loyaux au précédent régime. Ainsi, le commandement des « républiques populaires » des régions de l’Est de l’Ukraine devrait en fait être qualifié de junte : la dictature par la Police et les forces armées.

Des groupes fascistes et criminels présents dans ce mouvement donnent à l’ensemble de la junte un caractère profondément réactionnaire et radicalement contraire aux intérêts de classe des travailleurs des régions de l’Est.

La propagande pro-Russe décrit les combattants séparatistes comme des résistants antifascistes. Selon cette propagande, « l’opération anti-terroriste » débutée par le gouvernement ukrainien n’est rien d’autre que l’attaque de fascistes ukrainiens de « Secteur Droit », dont le rôle dans cet événement et bien d’autres est largement surestimée de façon inquiétante.

« Secteur Droit » est une coalition faiblement coordonnée de différents groupes d’extrême droite. Sa structure sociale est composée de jeunes d’extrême droite et de groupes criminels. La structure sociale de s combattants des « république populaires » est sensiblement similaire : jeunes, gangsters, éléments déclassés. La popularité de « Secteur Droit » est actuellement très faible (même bien plus faible que le complètement discrédité Parti Communiste d’Ukraine ) ; de plus « Secteur Droit » est lui même en état de guerre clandestine avec le gouvernement Ukrainien.

En raison de communiqués de presse permanents d’une « pseudo-communauté antifasciste internationale», « Secteur Droit » acquiert une image terrifiante d’une organisation puissante qui dirigerait presque l’État Ukrainien, ce qui n’est objectivement pas le cas. Mais nous ne sommes pas en train d’essayer de minimiser le problème que posent les mouvements fascistes en Ukraine. Le SAT-Kiev a régulièrement insisté sur la montée des violences d’extrême-droite, particulièrement à l’encontre des groupes d’extrême gauche, déjà en 2012 sous le régime de Ianoukovytch. Les militants du SAT ont également été attaqués. Un de nos camarades a presque été tué par des néo-nazis qui l’avaient attaqué à coup de couteaux. De plus, cette année la marche du 1er mai a du être déplacée à cause de menace de clashs avec l’extrême droite.

Resister aux mouvements fascistes a été une des premières tâches du mouvement anarchiste ukrainien depuis longtemps. A la différence de post-staliniens [s’affichant pour l’occasion] « antifascistes » dans des pays occidentaux, nous connaissons ce problème de première main et pas seulement par des communiqués sur Internet. Et malgré tout, nous et nos camarades avons géré l’organisation d’une marche de premier mai anarchiste, sur des mots d’ordres sociaux, anticapitalistes et antinationaux à Kiev, Kharkiv et Jytomyr.

Les anarchistes n’ont pas l’intention de laisser du terrain aux nazis et au gouvernement de droite libérale. C’est le SAT qui a organisé une manifestation de la gauche radicale contre L’Union panukrainienne « Patrie » [Всеукраїнське об’єднання « Батьківщина », parti de Ioulia Tymochenko], parti au pouvoir.

Nous sommes prêts à continuer à nous battre contre l’Etat, le Capital et les groupes d’extrême droite qui le protègent. Mais ce combat est cent fois plus dur lorsque l’État, l’Église, les structures de police et les mouvements fascistes sont unis dans une même force. Une telle situation a lieu dans le Donbass où « l’armée de la République Populaire de Donestk » a à sa tête Igor Strelkov, un agent secret russe grand admirateur de l’Histoire de l’Armée Blanche tsariste ; où les organisateurs du référendum, fondateurs du mouvement « Donbass orthodoxe », font appel aux conseils du leader du plus vieux mouvement néo-nazi russe post-soviétique, le « légendaire » Aleksandr Barkashov ; où les activistes Anti-Maidan manifestent leur solidarité et leur respect à une autre icône des fascistes européens, Alexander Dougine ; où le co-président de « la République Populaire de Donestk » Denis Pushilin regrette ouvertement la revolution de 1917 qui mit fin au tsarisme et qu’il appelle « un désastre sanglant ».

Les slogans sociaux ne sient pas aux manifestes et documents officiels des séparatistes, alors que s’y trouvent de nombreuses phrases à propos de paix entre les classes et d’intérêt des petites entreprises. Les criminels et la junte fasciste organisent l’enlèvement et la torture de militants syndicalistes.

Le nationalisme est un ennemi mortel de la Classe Ouvrière. Cela est démontré une fois de plus par les événements actuels en Ukraine, lorsque les fascistes des deux côtés aident la classe dirigeante à combattre physiquement les travailleurs. La question est : combien de victimes et de destructions faudra-t-il pour que le prolétariat Ukraininen le réalise ?

Nous demandons au gouvernement de Kiev de retirer ses troupes des villes immédiatement, et à la junte de l’Est de cesser de terroriser les travailleurs. Notre but est de maintenir la résistance sur tous les fronts et construire un mouvement ouvrier contre toute probabilité.

Nous appelons nos frères et sœurs travailleur-euses ukrainien-nes à se rassembler autours de nos intérêts de classe, parmi lesquels la paix et la solidarité, mais pas cet insensé combat pour maintenir ou séparer des territoires. La lutte des Classes n’a rien à voir avec le combat pour redistribuer le pouvoir. Quel que soit le vainqueur dans cette confrontation entre gouvernements et séparatistes, nous perdrons, c’est pourquoi la boycotter est notre priorité. Ignorer les décisions gouvernementales, renoncer au militarisme, faire grève et construire un mouvement révolutionnaire ouvrier, telles sont nos armes contre la guerre qui nous est imposée. Nous ne nous pouvons compter que sur nous-mêmes et la solidarité internationale d’autres organisations d’extrême-gauche. Si nous commençons pas à riposter, nous devrons faire face aux temps les plus difficiles.

Ni dieu ni maître, ni patries ni frontières !

Travailleurs-euses de tous pays, unissez vous !

АВТОНОМНА СПІЛКА ТРУДЯЩИХ, mai 2014

Traduction par Brasiers et Cerisiers.

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tractations

[Cet article se veut léger sans grande portée théorique. Si vous voulez de la théorie lisez genre ça. Il peut avoir un air de défouloir mais ce n’est pas tant pour pleurnicher (le militantisme est un choix plus qu’un sacerdoce) que pour partager un ressenti et des anecdotes. OUI ces scènes sont du vécu]

Le tractage est une composante assez classique du militantisme dit « de terrain ». Il n’est pas d’une efficacité remarquable, mais on peut difficilement s’en passer car il permet de s’adresser à des gens que l’on ne fait que croiser, il permet de développer un discours relativement construit (plus qu’un slogan, un happening ou une affiche) et de le destiner à tous-tes, y compris celleux n’ayant pas internet ou n’allant pas régulièrement sur les sites militants. Relativement incontournable. J’y participe régulièrement, souvent avec enthousiasme et pourtant je dois reconnaitre que cette activité est assez ingrate. Pas tant pour le froid, pour la pluie, pour la fatigue que tu traines les heures suivantes. Plutôt pour une partie des réactions. Que l’on soit en manif, devant une gare, à l’entrée d’une fac ou la sortie d’une zone industrielle, il y a des « réactions types » de refus de tract qui mettent en rogne. Autant je comprends parfaitement (enfin j’essaie) les personnes qui sont pressées, crevées, pas concernées, pas intéréssées, qui ont déjà eu 3 tracts cette semaines et qui passent vite en t’ignorant ou te répondant « non merci ». Autant je ne comprends pas :

-« Je l’ai déjà eu »  Alors que non, pas possible, tu sors du local syndical, les tracts sont encore tièdes du duplicopieur, il n’y a que toi et tes deux camarades à l’autre bout de la ville qui en ayez chacun 400 exemplaires depuis 15 minutes. Donc à moins que la personne ait transplané à travers la ville depuis l’unique autre point de tractage pour se retrouver comme par hasard devant toi. Ou à moins qu’elle ait piraté la liste mail du syndicat entre 5h50 (où la version finale du tract amendée 10 fois, corrigée, maquettée à l’arrache a été postée) et maintenant, qu’elle ait téléchargé la pièce jointe et imprimé chez elle ce tract, NON elle ne l’a pas déjà eu. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ces personnes là ne rejoignent pas la catégorie des « non-merci ». Quel intérêt à essayer de nous faire croire que non elles l’ont déjà eu ? On n’oblige personne à les prendre, ces tracts, on ne va pas punir ou jeter un sort à qui les refusera. Sans dec’, c’est quoi cet échappatoire en carton ? C’est quoi le but ?

-« Encore ? » Alors bon, comme dit précédemment pas de soucis pour les personnes en ayant marre de recevoir pleins de tracts, n’étant pas receptive au militantisme (oui, elles s’en foutent, c’est dur à assimiller quand militer c’est ton truc, mais voilà, elles s’en foutent, c’est tout). Mais dans ce cas, passer son chemin est-ce trop simple ? Certain-es préfèrent vous faire comprendre que non « ça suffit ». Marre de ces militant-es qui t’agressent avec de vilains papiers qui te rappellent que tout ne va pas bien dans le monde et qu’il y a moyen de se bouger pour changer des choses. Marre de ces gauchistes qui viennent perturber la sérénité de ton trajet du matin ou du soir avec des questions politiques (c’est sale et encombrant). Désolé du dérangement. Désolé de consacrer une partie de notre temps aux luttes collectives. On tâchera de se faire discret parce que visiblement les MPMM (Masses Prolétariennes Massivement Mobilisées) sont trop visibles, trop présentes et trop actives dans votre quotidien.

-« Je lis intégralement avant de peut-être le prendre » [] « il manque un accent dans le 3ème paragraphe ». Super ! Tu as gagné, en fait c’était un quizz de grammaire déguisé en tract syndicaliste ! Voilà deux billets pour aller voir The Angry Cats au 33 rue des Vignoles ! Sérieusement, je suis partisan d’être attentif à l’orthographe, la syntaxe, à la mise en page, aux coquilles se glissant dans les copiés/collés lors de la réalisation d’un tract, question de qualité. Quitte à le faire, autant bien le faire (pas comme les MJS). Mais merde quoi, on diffuse un appel à aller manifester contre la réforme machin ou contre l’expulsion des migrant-es, pas une thèse reliée cuir ! Ce foutu tract a été fait à l’arrache, après les heures de travail, avec de la bonne volonté, alors OUI, il est possible qu’un « a » ait remplacé un « à » ou un « mobilisé » un « mobiliser » au détour d’une phrase. Cela rend-t-il ce tract incompréhensible ? Cela nuit-il au message ? Doit-on jeter les 800 tracts et les retirer avec la version corrigée ? Viendras-tu plus à la manif si je corrige la faute sur ton tract au stylo vert comme en CM1 ?

-[Spécial lycées] « On n’a pas le droit de vote ça sert à rien » Oui bah justement, non, là tu n’as pas besoin de voter, c’est pour une manif. Justement tu pourrais faire quelque chose sans avoir à voter. Bon en même temps j’ai envie de te dire, que, droit de vote ou pas, le vote c’est de la merde, ça sert à rien. C’est les luttes sous toutes leurs formes qui font avancer.

-« Y a pas d’échantillon/ Bon de réduction/entrée en boite » Non désolé. Cela dit la Sono de la CGT diffusait Gangam style à la dernière manif alors si tu fermes les yeux… Comment ça « ça ne donne pas envie » ?

-« Je prends pas de tract, ce n’est pas écolo » Parce que tu crois, que militer uniquement sur internet (en plus de nous priver d’une part de l’auditoire) serait plus écolo ? Quand 2 requêtes google représentent 14g d’émission de carbone ? Quand l’envoi de courrier électronique dans une entreprise de 100 personnes équivaut à quatorze allers-retours Paris – New York (13,6 tonnes de CO2) chaque année ? Bon il se trouve que justement ding-dang-dong on imprime sur du papier recyclé avec de l’encre sans métaux lourds permettant le lombri-compostage. C’est quoi le lombri-machin ? Ah tu me parlais d’écologie donc justement le lomb… Ah oui non tu es replongé-e dans ta partie de candy-crush sur ton smartphone. Bon bah on reparlera une autre fois de ce qui le compose. [oui moi aussi j’utilise les technologies polluantes, y compris pour militer, juste, je ne m’en sert pas comme éco-excuse pour refuser un tract].

Alors après, il y a aussi les moments de malaise du genre « je suis plutôt d’accord avec vous je milite au [groupe facho local] vous connaissez ? ». Il y a aussi les moments de lassitude où il n’y a rien à faire, quand les gens prennent votre tract et s’enfoncent dans le couloir de métro/la fac en le chifonnant et le jettant par terre sans même avoir regardé le titre. Oui voilà vous avez compris le principe, on distribue gratuitement du papier pour que les gens le jettent par terre, ça à tout sons sens !

Bon il n’empêche, tracter, c’est aussi là où l’on fait de chouettes rencontres, il Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent, celles et ceux qui viendront à votre manif, votre AG, votre projection, dans votre orga parce qu’elles et ils ont lu votre tract. C’est là où l’on peut visibiliser son collectif, sa cause, occuper l’espace, se rencontrer, discuter. C’est pénible, c’est à revoir en permanence sur le fond et la forme, mais c’est à faire. On utilise déjà mal les outils numériques pour militer, de nombreuses personnes ne saisissent pas bien les clés du fonctionnement politique des réseaux sociaux, on ne va pas en plus déserter le réel.

Et les râleurs-euses qui pensent que désormais tout se passe sur les écrans et que la rue ne compte pas, et bien laissez là nous. On y fera des piquets de grèves, des concerts de batucada et des barbecues végétariens.

L.T., qui vous a peut être déjà glissé un tract super funky un lundi matin pluvieux à 7h30.

Merci aux camarades qui m’ont raconté leurs histoires à eux. Finallement on a tous-tes les mêmes.

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Nicolas Bedos, petite raclure de bidet raciste

Ce blog n’a jamais eu pour vocation de commenter des émissions du samedi soir, de discuter des opinions de « célébrités », de s’intéresser aux clashs d’artistes ratés en mal de buzz.

Ici, on cause luttes contre les discriminations et dominations, anticapitalisme, environnement, cuisine vegan, bouquins, ou même bricolage. Mais il faut des exceptions et l’autre clown triste sans talent Nicolas Bedos, nous en fournit une belle avec cette « chronique » chez Ruquier le 11 janvier 2014.

On ne va pas la mettre en lien ni la raconter trop en détail.

En gros Nicolas Bedos se présente avec à la fois une barbe « d’islamiste » et une moustache d’Hitler, et se met à raconter sous forme de dialogue sa rencontre avec un « jeune de banlieue » (Hitléro-Islamiste donc) fan de Dieudonné (Oui dans la tête de Bedos, le fan de Dieudonné est forcément musulman et parle avec un accent banlieusard surjoué tout en crachant férocement toute les 3 secondes). Au discours confus gerbé par « le jeune », Bedos oppose son propre personnage, maniant un vocabulaire soutenu un accent snob parisiano-chic. La théorie de Bedos c’est donc : je suis le bon goût et le savoir face au fan de Dieudonné, forcément demeuré, forcément pas-très-de-chez-nous.

S’en suit une série abjecte de blagues et propos racistes, homophobes, sexistes. Il enlève ensuite la barbe « d’islamiste » pour ne conserver ensuite uniquement que la moustache hitlérienne et enchaîner sur une infra-chronique « aux quenelles » où son personnage prend alors la forme d’un véritable nazi de base, avec un antisémitisme toujours plus explicite.

Il conclu en reprochant à Dieudonné d’avoir plus-ou-moins kidnappé l’humour car à cause de lui, les associations de minorités pourraient « fouttre le nez dans NOS vannes ». En gros ce n’est pas tant le racisme de Dieudonné qui gène Bedos (il vient de démontrer que le racisme et les stéréotypes, c’était plutôt son truc), c’est le fait que derrière les « remous » qu’il provoque, pourrait s’ouvrir un débat sur l’humour oppressif en général. Terminé, ses petites sorties racistes, sexistes, homophobes, sous couvert « d’humour ».

Il conclut en opposant à la « quenelle » de Dieudonné une « Merguez dans ton gros cul de Breton inculte ». « Merguez » : bah oui il n’allait pas prendre un plat trop « de souche », le terroir français doit resté intouché. « Dans ton gros cul » : oui il garde aussi ce côté homophobe de la Quenelle qu’il aime bien, associant pénétration anale et humiliation. « De Breton inculte » : parce que quand le parisien ne veut pas faire preuve de racisme trop explicite envers des non-blancs, il va viser le Breton, qui représente à ses yeux l’illettré, le rural, le plouc (ce terme qui désigne d’ailleurs uniquement le paysan breton à l’origine). Le Breton, ce Rom du XIXe siècle.

Racisme, classisme, sexisme, homophobie. Farandoles de clichés sordides censés dresser un rempart contre le Dieudonnisme. On pensait qu’on ne pouvait pas faire pire que Valls contre Dieudonné. Bedos nous montre que si.

Dans cette émission où tout est carton et stupidités, rires entendus et désert politique, on notera qu’Aymeric Caron, souvent brandit par des associations de défense des animaux comme icône « people » se marre quand est évoqué un « PitBull Allemand enragé de s’être fait enculé par un castor Israëlien ». Bah oui cette chronique ne pouvait pas être complète sans un peu de spécisme et un tartufe de la cause animale pour en rire.

Nicolas Bedos défendra sa chronique un peu plus tard sur Europe 1. Selon lui à la différence de Dieudonné il « respecte les femmes » (Pardon ???) et les communautés. Il se défend d’être « un raciste que je n’ai jamais été ». Par contre, non, il n’est pas politiquement correct « On n’est pas un cul-cousu » et sa chronique avait pour but de rire et dédramatiser. « En France une partie de la population fantasme un lobby juif, Dieudonné profite et encourage ça » ajoute-il.

Pourtant.

Pourtant le 8 février 2014, il réapparaît dans une nouvelle chronique « humoristique » chez Ruquier, cette fois déguisé en juif (kippa et peot) entouré de ce qui se veut être un rabbin et deux gardes du corps dont on apprendra ensuite qu’ils sont Israéliens. Pour faire un « équilibre » avec sa chronique précédente ? Il remercie alors l’état israélien de l’avoir « caché », alimentant ainsi l’idée d’un Mossad ultra-présent et généreux avec ses « serviteurs ». Ça lui a permis de visiter « Tel Aviv, Jerusalem, Deauville ». Voilà comme ça il cale aussi ce petit cliché antisémite que les « sionistes » tiennent des parties du territoire français (on n’est pas si loin du « il faut désioniser la France » de Dieudonné). Il demande aussi à « tous les Juifs de France de me lâcher la grappe » (autre cliché antisémite, celui d’une communauté ultra-soudée et auto-centrée, « collante », qui encore une fois récompenserait ceux qui la servirait). Arrive ensuite une sortie sur les « Mamas juives et leurs mamelles bovines » et « 2675 ravissantes Séfarades » qui doivent lui « lâcher le prépuce » puisqu’il est décidé à retrouver son « harem d’actrices ». [C’est lui qui « respecte les femmes c’est ça ? C’est lui qui mettait en garde contre « le fantasme d’une partie de la population française sur les Juifs » c’est ça ? ]. En revenant sur son sketch précédent, il précise « J’imite pas les arabes j’imite un abruti » [qui se trouve par hasard être un Arabe]. « Il y en a aussi des blancs, ils défilent le dimanche à la manif pour tous » [mais n’ont pas la chance d’être caricaturés par Bedos, trop occupé à rire des femmes, des Arabes, des Juifs et des homosexuels]. « Dans ce pays de merde tous les comiques sont obligés de finir leurs chroniques en se justifiant de tout. » lâche-t-il en bouquet final. Voilà, on en revient à la chronique précédente, ce qui emmerde Bedos, ce n’est pas l’antisémitisme de Dieudonné, c’est qu’on pourrait l’emmerder lui avec son propre humour oppressif.

Nicolas Bedos n’en a rien a faire de la haine des propos de Dieudonné. C’est pourquoi plutôt que de lui reprocher concrètement des mots et des activités aux services de l’extrême droite, il va (quoi qu’il en dise) essayer d’être son symétrique. Répondre à l’antisémitisme par du racisme et du sexisme, tout un programme.

Alors on ne va pas encore mettre un signe égal devant Dieudonné et Bedos, puisque, contrairement à Dieudonné, Bedos ne mène pas d’activité politique hors de son travail d’humoriste. Il n’a pas de mouvement, de maison d’édition, de chaine youtube au service de son racisme ni de film financé par une dictature. Il ne prête pas son théâtre à des nazis. Mais il devrait se rendre compte que faire de l’humour, ça a toujours été politique, d’autant plus quand il s’attaque à des minorités.

Bedos peut, tout comme Dieudonné, brandir le spectre de la censure et d’un contrôle oppressif de son activité « d’artiste ». Il n’empêche, aujourd’hui c’est lui qui oppresse, c’est lui qui est dans une position de dominant et renforce les dominations du « système ». Toujours au nom du « il faut franchir les limites », Bedos, comme Dieudonné, va tenir des propos visant des gens qui en prennent plein la gueule.

 On me signale que Nicolas Canteloup a aussi récemment de son côté pondu une belle crotte se voulant « drôle » sur le génocide au Rwanda. Comme pour Bedos, rien d’étonnant, mais tout aussi affligeant et puant. Ils ne font qu’alimenter le moulin à haine et mettre en évidence que l’humour raciste passe mieux quand c’est un homme-blanc-cis-hétéro qui le met en scène. Belle pierre ajoutée à la pyramide des dominations les gars.

Hé les « cômikeuh », vous voulez vraiment être subversifs ? Attaquer la « bien-pensance » de l’état ambiant ? Pourquoi ne pas viser ce que vous êtes, ce que vous posséder ? L’hétéro-patriarcat blanc ? Les normes sociales (validistes, âgistes, classistes…) ? La propriété privée ? Quoi…J’ai dit un gros mot ?

 L.T

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Obsolescence programmée chez SEB pour un cuit-vapeur ?

Ca fait 3 ans que j’utilise un cuit-vapeur de la marque SEB « Vita-Saveur » VC 100/200. C’est assez pratique pour préparer pas mal de choses. Il y a quelques semaines, pfioutt, le machin se met à ne plus marcher, alors que bon, entretien classique, pas de sur-chauffe, pas de chute ni rien. Pas vraiment le profil d’un ingénieur, je me lance quand même dans le démontage de la machine pour voir si c’est pas un truc tout bête qui cloche.

Bingo.

cuit vapeur démontéUne LED (Diode Electro-Luminescente pour celleux qui ont séché la techno en 4ème) montée en série avec une resistance a visiblement cramé. Et (comme le disait le prof de techno en 4ème), une diode à la capacité de couper un circuit lorsqu’elle est montée en série.

LED cuit vapeur

Simplement en essayant de faire passer le courant d’une pile vers une ampoule via cette diode, on constate que oui, elle a bien lâché. Alors on laissera chacun-e spéculer sur « est-ce que cette LED était destinée à lâcher au bout de 3 ans pour nous faire racheter au plus vite un appareil » (ce qui constitue de l’obsolescence programmée), moi j’ai mon idée là desssus. Juste que le reste de l’appareil est en parfait état de marche. Passage dans un magasin de composants électronique, mon diagnostic sommaire est aussitôt confirmé par le vendeur qui me dégotte la même LED (déjà montée avec la petite resistance et dans un joli capuchon orange pour 1euro.

LED remplacement

Je me fais prêter un fer à souder d’électronique (mais je pense investir là dedans, 15 euros pour les premiers prix) et un peu de fil d’étain. Je fais appel une ultime fois à mes souvenirs de 4ème et remonte rapidement la petite LED, qui se cale parfaitement dans le petit compartiment prévu à cet effet.

cuit vapeur réparé

Magie, ça remarche !

cuit vapeur marche à nouveau

Comme quoi il ne faut pas se laisser impressioner, beaucoup de choses sont réparables et bricolables. Moins coûteux, plus écologique.

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« Apocalypse Naoned » : le « saccage » de l’information


« Apocalypse Naoned » : le « saccage » de l… par apocalypsenaoned

Une petite vidéo satirique qui revient sur l’unique « saccage » lors de la manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes le samedi 22 février 2014 à Nantes : le saccage de l’information par la presse locale.

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Surveille ton langage !

Si vous avez été envoyé vers cet article par un lien posté suite à vos propos, prenez le temps de le lire, au calme, sans a priori. Vous verrez qu’au final, il n’ y a rien de dramatique.

Une société de dominations

Nous vivons dans une société (ou un agglomérat de sociétés connectées) qui baigne dans les oppressions diverses et variées : racisme, sexisme, homophobie, biphobie, lesbophobie, transphobie, classisme, validisme… Depuis notre naissance, selon notre milieu et notre parcours, de nombreux facteurs influencent notre façon de penser, parler, agir : éducation familiale et scolaire, culture (livres, cinéma, chansons, télé-poubelle ou télé-qualité, patrimoine…), publicités, rencontres, administrations publiques et privées, compositions et ambiances de nos lieux de travail et de loisirs, hasards de la vie. Hors tous ces facteurs sont eux-mêmes inscrits dans le contexte des dominations évoquées plus haut. La publicité (pour prendre un exemple classique) est pleine de clichés sexistes et souvent aussi racistes, hétéro-centrés et classistes. De même la façon dont les administrations fonctionnent (façon dont les formulaires sont rédigés par exemple) sont à l’image de ces dominations. D’une façon générale, le langage courant, et encore plus le langage familier regorgent d’expressions sexistes, racistes, homophobes, etc… Les « Fils de Pute », « Enculé », « grognasse », « vierge effarouchée », « couilles-molles/sans-couilles/petites bites », « petites pisseuses », « salope », fleurissent quotidiennement autours de nous, dans des contextes très différent (véritable insulte, « plaisanteries de comptoirs », intervention ennervée du patron sur nos lieux de travails et parfois « slogans politiques »). Certaines de ces expressions sont largement ancrées dans le langage courant, et ne font presque pas (ou trop peu) tiquer quand elles déboulent : « Il est devenu la vraie tête de Turc de ses camarades » (rappelons nous juste l’origine de cette expression qui sent bon la France des colonies). Ce langage, ces propos, ces images, on les a tous-tes intégré à différents niveaux. C’est comme ça. Maintenant voyons ce qu’on en fait.

Renforcement des oppressions.

L’usage de ces termes dans la vie courante renforce ces systèmes de dominations. A chaque fois qu’ils sont utilisés, c’est comme si on ajoutait une brique supplémentaire au mur de l’oppression. L’usage de ces termes dans un cadre militant/politique au sens large (au cours d’une rencontre politique, dans un tract, dans un slogan de manif, dans un commentaire sur un forum/blog politique, depuis un compte twitter etiqueté politiquement) multiplie le nombre de briques par 10. Parce que nos espaces et constructions politiques sont le reflet de ce que l’ont projette comme débouchés à nos luttes pour ne pas dire « notre projet de société ». On doit y être exemplaire. Et du coup si on se présente comme combattant les oppressions (antifasciste, antiraciste, antisexiste, antihomophobe, ….) on ne peut pas le faire en utilisant des armes de l’oppresseur.

Pour résumer :

combattre sans les armes de l adversaireEvident ?

Pas tant que ça. Posez vous la question du discours, des insultes, de « l’humour » employés par des gens « de gauche » contre des adversaires politiques femmes (Nadine Morano, Roselyne Bachelot, Marion Maréchal et Marine Le Pen, Nathalie Kosciusko-Morizet, Cécile Duflot) et faites la comparaison avec leurs équivalents masculins (Guillaume Pelletier, Bruno Le Maire, Bruno Gollnisch et Louis Aliot, Xavier Bertrand, Pascal Canfin). Qui se fait attaquer sur son physique, sa couleur de cheveux (« Blondasse »), son âge ? Pourquoi parle-t-on de la « poissonière » Morano (combo sexisme/mépris de classe) et jamais du « poissonier » Pelletier ? Quand une femme politique de droite et non-blanche (Rachida Dati, Rama Yade) pourquoi en plus de qualificatifs sexistes , elle en récolte des racistes ? Et venant de la « gauche », ça donner soit dans le fantasme de l’exotisme soit dans l’étonnement colonialiste « mais comment une noire ou une arabe peut-elle être de droite après tout ce qu’on a fait pour l’anti-racisme ? » [Euh…recommence mec, relis BIEN ce que tu viens d’écrire].  Et surtout pourquoi les gens « de gauche » clamant avoir plein d’idées, n’attaquent pas sur le fond (et sur Morano, Marine Le Pen, Rama Yade etc… Il y a un paquet de choses à dire !) ?

Au delà des simples injures et moqueries de personnalités politiques, c’est parfois (souvent) le fond du discours qui sous couvert de combattre une domination en développe une autre. Un antifascisme teinté de virilisme va développer du sexisme, un féminisme « radical » blanc du racisme, ou de la transphobie, etc… Alors que les luttes contre les différentes oppressions ne doivent pas s’opposer mais s’écouter, se répondre et surtout se faire de la place. Les luttes ont besoin d’intersectionnalité (et pour aller plus loin là dessus, allez lire MsDreydful, NegreInverti, Po Lomami). Parce que ces oppressions fonctionnent souvent sur les mêmes modèles et peuvent se combattre avec des outils similaires. Mais que tout ne va pas de soi parce que nous sommes acteur-trices de ces systèmes d’oppressions et qu’il faut en avoir conscience quand on prétend lutter « contre toutes les discriminations et les inégalités ». Rien ne se fera par magie.

« Donneurs-euses de leçon », « police de la pensée », « gardien-nes du politiquement correct » .

Souvent, quand on approche quelqu’un qui vient de donner dans le sexisme/racisme/homophobie…en mode « chaton, je suis d’accord avec ton besoin d’attaquer telle personne, tel discours, mais là ta phrase elle est raciste/sexiste/homophobe », il y a des réactions très vives. D’abord parce que la personne, surtout si elle se considère comme sincèrement de gauche, progressiste, antiraciste, feministe etc. va prendre cette remarque comme une insulte. Remarquez, c’est plutôt bon signe que quelqu’un considère que « être raciste/sexiste/homophobe »= mal (d’autres en tirent une fierté). Maintenant il faut faire le reste du chemin.

Donc il y a ce réflexe d’à la fois nier le caractère oppressif de son propos et de sortir cette merveilleuse phrase devenue cultissime , cette quasi-devise du début du 21ème siècle :

luke pleureQuand on refuse des propos, des blagues, des discours oppressifs, on se voit accuser de chasser la moindre petite phrase et d’empêcher de parler comme chacun-e le voudrait. L’objection porte ensuite souvent sur tel ou telle qui « aurait le droit » : « Oui mais Brassens il avait des paroles mysogines » « oui mais tel groupe de rap ils parlent de « fils de putes » « mais tu ne vas pas quand même nous empêcher de chanter des chansons paillardes ? ». NON. Non on ne va pas brûler les oeuvres des artistes et auteur-es parce qu’elles comportent du racisme ou du sexisme. On ne va pas interdire les films, les séries et les chansons. On ne va pas s’interdire de les apprécier malgré tout. On ne va rien interdire du tout. Par contre on va s’autoriser à réfléchir. A réfléchir à ce que l’ON dit chaque jour, ce que l’ON répète, ce que l’ON véhicule. Ce que l’on construit.

Une autre objection consiste à décréter que le sexisme, le racisme, l’homophobie étant présents dans le langage « populaire », il serait élitiste, infantilisant et contre-productif de faire trop attention à sa façon de parler, parce que ça risquerait « de ne pas faire peuple ». C’est vraiment avoir une piètre et fausse opinion des classes populaires (c’est être bien deconnecté). Penser que se préoccuper des oppressions véhiculées par les mots c’est « du militantisme de salon », c’est vraiment de la paresse politique, c’est ne pas vouloir questionner son propre rapport à l’oppression, c’est se croire inoffensif. C’est aussi confondre un discours « lissé » et un discours respectueux. On peut être radical et subversif sans insulter un groupe donné.

Un bel exemple de sexisme d un militant

Ce n’est pas un drame.

Entendons nous bien, avoir un propos oppressif par habitude de langage, par « maladresse » dans son « humour », par ignorance de la portée oppressive du truc (ce n’est pas forcément évident), ça n’est pas dramatique. A ce stade là, ça peut rester « une boulette ». Ou une simple démonstration que l’on participe à un système de domination. Par contre, ce qui rend le truc vraiment dégueulasse, c’est lorsque, une fois, interpellé-e sur la question, on nie le truc, on refuse de le reconnaitre. Car on nie sa position d’oppresseur et surtout on nie le fait que les personnes victimes soient blessées/insultées/fatiguées… par ces propos. Ce qui aggrave encore plus le cas, c’est lorsque l’on recommence consciemment ensuite, malgré les remarques ou recommandations.

Personne n’est né-e avec un kit de détection d’oppression dans le cerveau. Personne n’a de façon innée un langage et un discours dénué de toute oppression. Nous mêmes, qui rédigeons ces lignes, nous avons tenu (et nous continuerons sûrement malheureusement à tenir parfois) des propos oppressifs. Le tout est d’être attentif aux personnes qui nous le signalent. De présenter des excuses si nécessaires, de travailler dessus (même si ça n’a rien de facile), de ranger son égo de côté. De signaler à notre tour aux autres ce qui ne va pas (y compris quand ce sont des ami-es et camarades). De réfléchir à ce que l’on transmet, ce qu’on renvoie. Tenir un propos raciste ou sexiste ne vous condamne pas à être un-e raciste ou un sexiste à vie. C’est à vous de voir ce que vous faites maintenant.

mulan up to you guys

 

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